
La traversée du Vercors (Part 1)
Moments de désespoir
Nous avions acquis de la routine pour chercher les meilleures voies de passage. Mais nos ânes ne les trouvaient pas toujours à leur goût. Par exemple lorsque nous sommes arrivés sur un sentier assez abrupte de forêt sur un col étroit qu’ils ne pouvaient absolument pas franchir. Nous avons dû alors nous arrêter pour chercher une autre voie ; et cela s’est avéré bien compliqué : des deux côtés, un relief accidenté, abrupte, couvert de troncs d’arbres tombés et de rocs de karst ; des ânes qui voulaient faire demi-tour. C’était en effet pour eux ainsi : si, en arrivant sur le lieu accidenté, ils avaient eu le temps d’en apprécier le danger, ils étaient persuadés que le mieux était de faire demi-tour. Nous devions alors par tous les moyens les en empêcher. En même temps, il nous fallait, à pied, chercher les passages pour éviter ces obstacles. Nous avons ainsi, plusieurs fois, échoué, soit à cause du terrain, soit devant l’entêtement des ânes à ne plus vouloir avancer. Nous avons ensuite enfin trouvé une voie possible : et j’ai alors réussi à encourager Aladin à poursuivre. C’est là qu’il a glissé sur des pierres mouillés et qu’il a chuté. Il était couché sous les presque 70 kilos de son chargement et ne bougeait plus. « Allez, Aladin, essaie de te relever ». Nous avons attendu qu’il remue de nouveau, puis nous avons tiré de toutes nos forces par la selle pour alléger un peu le poids de sa charge. Au troisième essai, il réussit enfin à se relever. Mais il n’était plus question de continuer, si nous ne voulions pas risquer une fracture.
Nous étions près de désespérer. Nous devions absolument continuer si nous ne voulions pas passer la nuit dans ce passage accidenté. La seule possibilité était de nous écarter beaucoup du sentier, au risque de perdre le balisage. Allez, il fallait avancer ! Il fallait pousser nos bêtes à traverser les obstacles de pierres et d’arbres dans ce sous-bois, en cherchant à chaque instant le meilleur moyen de trouver un passage possible - Soudain, nous avons retrouvé le sentier balisé. Encore quelques centaines de mètres ; et nous aurions dépassé ce chaos.
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